Illustration symbolique de la loi de 1905 et de l’équilibre fragile entre religions dans l’espace public

Municipales 2026 : la laïcité devient un instrument politique à Bandol

La Mairie de Bandol finance une campagne de pub faisant la promotion du port du voile sur la plage de Rénécros.

La laïcité n’est plus un principe stable

Depuis plusieurs années, la laïcité française connaît une inflexion silencieuse. Entre le discours des Mureaux d’Emmanuel Macron en 2020, la loi contre le « séparatisme » et les rappels constants du Conseil d’État sur la distinction entre neutralité des institutions et liberté des usagers, le cadre juridique demeure inchangé, mais son usage politique s’intensifie. La laïcité n’est plus seulement un principe d’équilibre ; elle devient un terrain de positionnement.

L’État affirme vouloir contenir les logiques communautaires tout en refusant une lecture identitaire du débat. Cette tension produit un paradoxe : juridiquement stabilisée, la laïcité devient politiquement inflammable. Elle ne protège plus seulement un cadre abstrait ; elle sert à signifier une orientation.

La bataille des signes

La domination contemporaine ne passe plus par l’interdiction brutale, mais par la maîtrise des signes visibles. Ce qui est autorisé, montré, consacré par une institution finit par dessiner le périmètre implicite du commun. La laïcité, dans ce contexte, n’est plus uniquement une règle de séparation ; elle devient un outil de normalisation symbolique.

Or la normalisation ne se proclame pas. Elle s’installe. Une image validée. Un choix assumé. Une interprétation laissée sans réponse. Le pouvoir réside moins dans la loi que dans la capacité à fixer ce qui apparaît légitime dans l’espace public.

L’image comme reconfiguration du cadre

C’est à cette lumière qu’il faut lire les séquences récentes observées à Bandol. L’affiche municipale promouvant le documentaire Graine de sable, représentant une femme voilée sur la plage de Renecros, ne constituait pas une infraction. Elle constituait un signal. Lorsqu’une mairie consacre une image religieusement marquée dans l’espace public, elle engage son autorité symbolique. Elle ne montre pas seulement une réalité ; elle participe à sa légitimation visuelle et normalise une présence symbolique.

Dans un contexte national déjà saturé par les débats sur l’abaya, les subventions aux lieux de culte ou la neutralité des collectivités, le geste local acquiert une portée qui dépasse son intention initiale. Il s’inscrit dans une recomposition plus large du paysage symbolique.

Le religieux comme variable électorale

Le second dossier, plus discret mais plus structurant, concerne les discussions entre le candidat Franck Bertoncini à la Mairie de Bandol et des représentants d’une communauté musulmane autour d’un projet d’implantation d’une mosquée.

La loi de 1905 autorise l’édification de lieux de culte ; elle interdit leur instrumentalisation. Dès lors qu’un projet religieux apparaît, même indirectement, comme une variable d’ajustement électoral, la question cesse d’être cultuelle pour devenir stratégique.

Ce qui est en jeu n’est pas le droit d’édifier un bâtiment, c’est la possibilité d’indexer un projet cultuel à une dynamique de soutien politique et donc d’introduire dans la compétition municipale une logique communautaire implicite. Car un projet cultuel peut relever du droit commun mais s’il entre dans une logique d’agrégation ciblée d’un segment électoral, il change de nature symbolique.

Le Var comme chambre d’écho

Dans le Var, territoire historiquement sensible aux questions d’identité culturelle et d’ordre public, ces déplacements symboliques prennent une intensité particulière. Ce qui pourrait sembler anecdotique ailleurs devient ici indicateur d’une transformation plus profonde.

Dans une région où l’attachement à un certain paysage social et culturel demeure structurant, chaque geste institutionnel est scruté à l’aune de sa portée symbolique.

Domination douce et déplacement des normes

La modernité politique ne fonctionne plus par rupture spectaculaire. Elle opère par glissement. Une affiche aujourd’hui. Une discussion demain. Un projet intégré dans un agenda plus large.

La domination contemporaine est douce. Elle ne contraint pas ; elle reconfigure.

Elle ne dit pas : « voici la nouvelle norme », elle montre, elle répète, elle installe.

Et lorsqu’un territoire perçoit ce déplacement sans qu’il ait été formulé comme tel, la réaction n’est pas religieuse. Elle est identitaire.

La recomposition silencieuse du commun

Bandol n’est pas un cas isolé. Elle est un symptôme. À l’échelle nationale, la laïcité se transforme en instrument de recomposition symbolique des territoires. Ce qui est en jeu n’est pas la coexistence religieuse, garantie par la République. Ce qui est en jeu est la définition des signes du commun et la maîtrise des seuils de normalité.

La question dépasse donc l’affiche et dépasse le bâtiment. Elle touche au cœur du pouvoir contemporain : la capacité à redéfinir progressivement le cadre visible sans en déclarer explicitement la mutation.

Dans les municipales à venir, ce ne sont pas seulement des équipes qui s’affronteront, ce sont des conceptions du cadre symbolique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *